76ème congrès Bétail et Viande à Nantes

Une filière nécessairement unie face à l'adversité

Face aux défis d’une filière malmenée par l’actualité et les “anti-viande“ de tout bord, l’essentiel des échanges s’est concentré sur la nécessaire union sacrée prônée par le président de la FEDEV, ainsi que sur une notion partagée de la qualité des viandes, par les différents acteurs de l’interprofession. Face aux difficultés, il est urgent de se diversifier sur les marchés à l’export.

Philippe CHOTTEAU, chef du service économie de IDELE – Institut de l’élevage et Christine ROGUET, agroéconomiste à l’IFIP, ont dressé le traditionnel bilan des filières bovine, ovine et porcine. Dans un contexte tendu lié au Brexit, l’accent a été mis sur l’urgence de diversifier les marchés à l’export sur les marchés bovin et ovin malgré les difficultés. Lors des échanges avec la salle, il fut conseillé de s’inspirer de l’Australie en se positionnant sur le haut de gamme, car la stratégie de la valeur paie ; la France devant dynamiser ses exportations en promouvant l’histoire des produits tout en investissant l’espace du e-commerce, dans lequel la charcuterie haut de gamme a sa place.

Se succédèrent ensuite 3 tables rondes animées par Jean-Charles CATTEAU, pour un tour d’horizon sur les nécessaires évolutions aux niveaux de la production, de la transformation et de la distribution.

Production : ne plus être sur la défensive, raconter une histoire

Christine ROGUET a présenté les quatre principales visions de l’élevage dans la société française : les « compétiteurs » (10%) satisfaits de l’élevage actuel, les « optimisateurs » (51%) souhaitant une optimisation de la production standard, les « alternatifs » (24%) souhaitant la fin du système intensif au profit d’un développement des élevages alternatifs, et les « abolitionnistes » (2%) souhaitant un arrêt de l’élevage et de la consommation de viande. Les attentes principales portent sur la nécessité pour les animaux d’être élevés à l’air libre, et sur le renforcement de la législation sur le bien- être animal. Rallier le public suppose de retrouver la confiance entre les acteurs de la profession et le consommateur. Pascal PERRI (économiste, PNC Economic) a insisté sur le fait que la filière doit mener bataille face à l’adversité, et que l’agriculture du 21ème siècle évolue à l’ère digitale, ce qui suppose que l’histoire du produit racontée aux consommateurs soit vraie (et vérifiable). Pour cela il préconise de s’entourer d’ambassadeurs au-delà des professionnels de la filière.

Transformation : une attente de nouveaux plats, éloignés de la viande, jugée trop proche de l’animal

Richard DELERINS (Co-directeur Food 2.0 LAB), a présenté les modes de consommation d’une génération qui représentera 50% de la populations active dans 2 ans et 2/3 dans 10 ans : les « Millenials ». L’alimentation est pour eux une nouvelle « Pop Culture ». Ils sont très éloignés de la réalité et détestent le mensonge. La viande n’est pas pour autant exclue de leur consommation. Selon lui, il ne faut pas hésiter à communiquer sur les améliorations réalisées en élevage et outils d’abattage. Pascal PERRI a conclu cette table ronde en rappelant que les Millenials et les jeunes générations sont dépendants du numérique et qu’ils ne passent plus par la télévision pour obtenir des informations, mais lui préfèrent les réseaux sociaux.

Distribution : pivoter vers une logique de consommateur, et non de producteur

L’objectif de cette dernière table ronde a été de regarder comment la distribution pouvait répondre elle aussi aux attentes des consommateurs. Pascal PERRI et Guy EMERIAU (Système U) ont rappelé qu’à la différence des pays émergents – qui augmentent leur consommation de viande en l’associant à la prospérité – nous sommes désormais dans une période de modération qui correspond au refus du gaspillage, à un besoin de proximité pour contrer la mondialisation, et à une demande en bio qui exprime les doutes sur nos productions. Enfin, le bien-être animal traduit un degré de civilisation qu’il faut désormais entendre.

Le sujet des végans a été abordé et si Pascal PERRI a rappelé que leur unique ambition était d’attirer l’attention, il n’a pas manqué d’ajouter que « le véganisme est l’idiot utile de l’agriculture chimique » car sans élevage il faudra fertiliser les sols chimiquement, fabriquer de la viande synthétique avec des hormones de croissance ce qui fait d’eux “les meilleurs amis de l’agrochimie“ !

En conclusion de ce Congrès Bétail et Viande de Nantes, Gilles GAUTHIER (président de FEDEV) a voulu mettre à l’honneur la noblesse des métiers de la viande en assurant aux chefs d’entreprise et leurs salariés, qui prennent de plein fouet les attaques des associations anti-viandes, que leur fédération sera toujours à leur côté au nom des valeurs de respect et de tolérance qui l’animent.

 

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